GESANG DES ABGESCHIEDENEN
IN VENEDIG
Stille in nächtigem Zimmer
Silbern flackert der Leuchter
Vor dem singenden Odem
Des Einsamen;
Zaubrisches Rosengewölk.
Schwärzlicher Fliegenschwarm
Verdunkelt den steinernen Raum
Und es starrt von der Qual
Des goldenen Tags das Haupt
Des Heimatlosen.
Reglos nachtet das Meer.
Stern und schwärzliche Fahrt
Entschwand am Kanal.
Kind, dein kränkliches Lächeln
Folgte mir leise im Schlaf.
CHANT DE L'ISOLÉ
À VENISE
Calme dans la chambre nocturne.
D’argent scintille le bougeoir
Devant l’haleine fredonnante
Du solitaire ;
Magie des nuages de roses.
Une nuée de mouches noires
Obscurcit le pierreux espace ;
Et l’œil fixé sur l’agonie
Des dorures du jour : la tête
De l’apatride.
Sans mouvement fait nuit la mer.
Étoile et voyage noirâtre
Ont disparu dans le canal.
Enfant, ton rire maladif
M’a suivi doux dans le sommeil.
Georg Trakl, Poèmes II, GF Flammarion
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mercredi 21 décembre 2011
mardi 1 décembre 2009
Georg Trakl (1)
Am Moor
Wanderer in schwarzen Wind; leise flüstert das dürre Rohr
In der Stille des Moors. Am grauen Himmel
Ein Zug von wilden Vögeln folgt;
Quere über finsteren Wassern.
Aufruhr. In verfallener Hütte
Aufflattert mit schwarzen Flügeln die Fäulnis;
Verkrüppelte Birken seufzen im Wind.
Abend in verlassener Schenke. Den Heimweg umwittert
Die sanfte Schwermut grasender Herden,
Erscheinung der Nacht : Kröten tauchen aus silbernen Wassern.

Au bord du marais
Promeneur dans le vent noir, les roseaux secs chuchotent doucement
Dans le calme du marécage. Au ciel gris
passe un vol d’oiseaux sauvages ;
Diagonale sur les eaux sombres.
Tumulte. Au fond d’une cabane délabrée,
La pourriture aux ailes noires prend son envol ;
Des bouleaux rabougris gémissent dans le vent.
Soirée dans une auberge abandonnée : sur le chemin du retour
S’attarde la douce mélancolie des troupeaux qui paissent.
Apparition nocturne : des crapauds sortent des eaux argentées.
Wanderer in schwarzen Wind; leise flüstert das dürre Rohr
In der Stille des Moors. Am grauen Himmel
Ein Zug von wilden Vögeln folgt;
Quere über finsteren Wassern.
Aufruhr. In verfallener Hütte
Aufflattert mit schwarzen Flügeln die Fäulnis;
Verkrüppelte Birken seufzen im Wind.
Abend in verlassener Schenke. Den Heimweg umwittert
Die sanfte Schwermut grasender Herden,
Erscheinung der Nacht : Kröten tauchen aus silbernen Wassern.

Au bord du marais
Promeneur dans le vent noir, les roseaux secs chuchotent doucement
Dans le calme du marécage. Au ciel gris
passe un vol d’oiseaux sauvages ;
Diagonale sur les eaux sombres.
Tumulte. Au fond d’une cabane délabrée,
La pourriture aux ailes noires prend son envol ;
Des bouleaux rabougris gémissent dans le vent.
Soirée dans une auberge abandonnée : sur le chemin du retour
S’attarde la douce mélancolie des troupeaux qui paissent.
Apparition nocturne : des crapauds sortent des eaux argentées.
Georg Trakl, Rêve et Folie & Autres poèmes, suivi d’un choix de lettres. Édition bilingue (pour les poèmes). Traduction Henri Stierlin (poèmes) et Monique Silberstein (lettres). Éditions Héros-Limite
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