dimanche 23 août 2009

L'homme envolé








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Queneau (1)

NOSTALGIE

En plein milieu de la France
que faire un dimanche
que faire un dimanche
sinon penser à la Manche
à ses îles à ses falaises
à ses côtes (certaines anglaises)
à ses bateaux à ses phares
à ses ports à ses amarres
à ses pluies douces et fréquentes
voilà ce qu'on peut faire un dimanche
en plein milieu de la France

Raymond Queneau, Courir les rues ; Battre la compagne ; Fendre les flots, Poésie / Gallimard





PLG

vendredi 14 août 2009

Fernando Pessoa (1)

Tu es seul. Nul ne le sait. Sois silence et feinte,
.......Mais feinte sans l'esprit de feinte.
N'espère rien qui n'existe déjà en toi,
.......Chacun par devers soi est tout.
Tu as soleil s'il fait soleil, branches si tu veux des branches,
.......Chance si la chance est pour toi.

Fernando Pessoa / Ricardo Reis, Odes, Christian Bourgois Ed.

dimanche 9 août 2009

Loïc Herry (3)

Velours râpés luxe passé miroirs blasés
Audaces suspendues d'une province ancienne
Au lupanar

Se croisent des souvenirs de départ
Le regret des joies l'identité
Des nudités

Un bras nu sur le drap réhabite
Son poids - j'attends l'aube

Dehors à sa juste place
Chaque chose

Loïc Herry, Oeste/Ouest, Ecrits des forges

vendredi 7 août 2009

Loïc Herry (2)


sur le toit de tôle
l'averse tousse comme l'enfer

une heure
un jour

on parle plus fort puis
on se tait

on se sourit du bout des doigts

Loïc Herry, Polynésie-Poésie, Écrits des forges


°°°

poèmes sur papier blanc

c'est donc que mes doigts
ne vont plus sur ton corps
effacer le sillage des mots
(...)

Loïc Herry, Polynésie-Poésie, Écrits des forges

Loïc Herry (1)

Toux crescendo des vagues montant sur le rivage.
Cernée de moutons et de mouettes,
Une barque au loin danse dans les creux.

L'homme est debout dans la mâchoire.
L'arrière du chalutier. Du cordier. Du caseyeur.
Bleu de chauffe, jambes écartées.

Au fond de la rade déjà l'océan roule
La coque dans ses doigts. Cigarette.
Un coup d'œil pour la digue.

Pas une main familière, pas un adieu.
Saut quotidien dans le cercle de feu.

Loïc Herry, Oeste/Ouest, Écrits des forges


***

Les vagues viennent douces sur les galets lisses
Jardeheu c'est au cap cette toux c'est l'extrémité
Écueils historiés de cris sous le soleil calme
L'écume claque les noms de visages effacés

Jardeheu des tempêtes - seigneur affilé de la Hague
Devant la fureur lumineuse d'un paquebot perdu

Cette pierre qui boit les regards comme en prière
Quand sur le rivage on vient respirer
L'odeur iodée de bave et de cadavre
Les vagues viennent douces sur les galets lisses.

Loïc Herry, Oeste/Ouest, Écrits des forges

samedi 11 juillet 2009

René Daumal (2)

.....L'AUTRE ABANDON

Il marchait, la main sur mon épaule
il parlait, et mes lèvres remuaient avec les siennes,
des soleils voltigeaient dans sa bouche,
et le vent nous portait.
Mais sitôt que j'eus dit : "Où allons-nous ?",
il s'est éparpillé en fantômes,
je patauge, et le reconnais mal,
je me vois marcher,
je m'entends parler,
et le vent me secoue les épaules,
je saigne du nez sur les places publiques.
Mais où sont ses lèvres blondes
et l'odeur d'argile mouillée de ses mains,
et ses yeux bourdonnant d'univers ?
J'ai désappris à le voir,
je vais donner du front dans des faces absurdes,
dans des lilas de peau vivante,
et des instruments ridicules,
je suis affreux.

René Daumal, Le Contre-Ciel, suivi de Les dernières paroles du poète, Poésie/Gallimard.

René Daumal (1)

.....APRÈS

.....Je vais renaître sans cœur,
toujours dans le même univers,
toujours portant la même tête,
les mêmes mains,
peut-être changées de couleurs,
mais cela même ne me consolerait point.
......Je serai cruel et seul
et je mangerai des couleuvres
et des insectes crus.
......Je ne parlerai à personne,
sinon en paroles d’insectes
ou de couleuvres nues,
en mots qui vivront et riront malgré moi.




.....LA NAUSÉE D'ÊTRE

Je ne suis pas venu au monde
pour forger des bras aux centaures,
pour donner mon sang aux mouchoirs
qui sèchent au clair de lune.

Je ne suis pas venu au monde
pour combattre mon ombre,
ni pour trouver un jour mes poings
becqueté par les faisans.

Je ne suis pas venu pour frapper
ni pour rire à la mort.
Je ne me souviens plus,
des civières s’en vont,
des galères flambent,
des genoux tremblent et des faucons se posent
sur des boules fragiles et vivantes.

Si je regarde en arrière,
la mort s’en va à reculons,
indéfiniment des portes claquent,
jusqu’aux placards de l’horizon.

La mort au rire vulgaire
derrière ses persiennes vertes
suce un bonbon anglais
et les tapis sont mouillés de tisanes.

Je ne suis pas venu au monde,
au commencement il n’y a qu’un grand rire,
au coin d’une rue une poupée de plâtre
ouvre, en suant une eau verte de rage,
des boîtes qui ne contiennent que des boîtes,
et sans fin des boîtes.

Plus loin, comme un cœur suce le sang,
un trou dans une chair gigantesque m’aspire,
des murs vivants, rouges et chauds,
me traînent par la gorge,
je ne veux plus me retourner,
que tout à l’heure on m’assassine
d’un coup de couteau de cuisine
entre les deux épaules.

René Daumal, Le Contre-Ciel, suivi de Les dernières paroles du poète, Poésie/Gallimard.

dimanche 5 juillet 2009

Richard Rognet (2)

Tu refuses que décline
l'espérance et que
s'enlise dans l'oubli
la prière des amants,

tu revois tant de géraniums
sur le rebord des fenêtres,
tant de reflets, après la
pluie, sur les jardins, tu

entends encore les chansons
que fredonnaient les filles,
le soir, avant de rentrer,
chez elles. Tu te consoles

avec ces ombres — mais cet
amour, ô cet amour qui éclaira
si fort ta jeunesse, ton corps
l'implore, aujourd'hui.

°°°°

Ne cherchez pas, ne
cherchez plus, sous
quels arcs-en-ciel,
vous trembliez d'amour,

non, ne cherchez
plus rien, les
étoiles ont filé
avec nos souvenirs,

vous ne reverrez pas
les sommets familiers
qui préparèrent vos
espoirs — tout votre

être s'enlise, dans
un présent plus lourd
que les neiges souillées
par des pas importuns.

Richard Rognet, Un peu d'ombre sera la réponse, Gallimard.

samedi 4 juillet 2009

Richard Rognet (1)

La sauge et le thym
se réveillent dans
une tache de soleil
qui va grandir jusqu’à

midi. Pas un souffle
de vent, l’immobilité
règne. Nous nous sommes

quittés sans rien
savoir de nous. Près
du mur que la lumière

égratigne, un chien
roux se repose — je
me blottis dans son
regard inépuisable.

° ° °

Tu aimes que sur le
mur, la lumière acide
du soleil harponne

les ombres élancées
des plantes. Par endroits,
se croisent, se chevauchent
des formes, des fragments

d’infini — ils traversent
ton corps et suivent
dans ton sang les bonds
et les rebonds du ruisseau

qui bredouillait, jadis,
près de ce mur, et dont
les miroitements éclataient
en pétales impalpables.

° ° °

Immobilité de midi —
le soleil prend le pouls
des branches. D’offrandes

et de refus, c’est ainsi
que le temps se nourrit,

aimer déchire les mains
qui se sont posées sur
les corps, par mégarde
ou par volonté. Le ciel

fut trop noir, la terre trop
obscure, il faut travailler
au moindre détail, dans
la lumière de midi.


Richard Rognet, Un peu d’ombre sera la réponse, Gallimard