En plein milieu de la France que faire un dimanche que faire un dimanche sinon penser à la Manche à ses îles à ses falaises à ses côtes (certaines anglaises) à ses bateaux à ses phares à ses ports à ses amarres à ses pluies douces et fréquentes voilà ce qu'on peut faire un dimanche en plein milieu de la France
Raymond Queneau, Courir les rues ; Battre la compagne ; Fendre les flots, Poésie / Gallimard
Tu es seul. Nul ne le sait. Sois silence et feinte, .......Mais feinte sans l'esprit de feinte. N'espère rien qui n'existe déjà en toi, .......Chacun par devers soi est tout. Tu as soleil s'il fait soleil, branches si tu veux des branches, .......Chance si la chance est pour toi.
Fernando Pessoa / Ricardo Reis, Odes, Christian Bourgois Ed.
Toux crescendo des vagues montant sur le rivage. Cernée de moutons et de mouettes, Une barque au loin danse dans les creux.
L'homme est debout dans la mâchoire. L'arrière du chalutier. Du cordier. Du caseyeur. Bleu de chauffe, jambes écartées.
Au fond de la rade déjà l'océan roule La coque dans ses doigts. Cigarette. Un coup d'œil pour la digue.
Pas une main familière, pas un adieu. Saut quotidien dans le cercle de feu.
Loïc Herry, Oeste/Ouest, Écrits des forges
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Les vagues viennent douces sur les galets lisses Jardeheu c'est au cap cette toux c'est l'extrémité Écueils historiés de cris sous le soleil calme L'écume claque les noms de visages effacés
Jardeheu des tempêtes - seigneur affilé de la Hague Devant la fureur lumineuse d'un paquebot perdu
Cette pierre qui boit les regards comme en prière Quand sur le rivage on vient respirer L'odeur iodée de bave et de cadavre Les vagues viennent douces sur les galets lisses.
Il marchait, la main sur mon épaule il parlait, et mes lèvres remuaient avec les siennes, des soleils voltigeaient dans sa bouche, et le vent nous portait. Mais sitôt que j'eus dit : "Où allons-nous ?", il s'est éparpillé en fantômes, je patauge, et le reconnais mal, je me vois marcher, je m'entends parler, et le vent me secoue les épaules, je saigne du nez sur les places publiques. Mais où sont ses lèvres blondes et l'odeur d'argile mouillée de ses mains, et ses yeux bourdonnant d'univers ? J'ai désappris à le voir, je vais donner du front dans des faces absurdes, dans des lilas de peau vivante, et des instruments ridicules, je suis affreux.
René Daumal, Le Contre-Ciel, suivi de Les dernières paroles du poète, Poésie/Gallimard.
.....Je vais renaître sans cœur, toujours dans le même univers, toujours portant la même tête, les mêmes mains, peut-être changées de couleurs, mais cela même ne me consolerait point. ......Je serai cruel et seul et je mangerai des couleuvres et des insectes crus. ......Je ne parlerai à personne, sinon en paroles d’insectes ou de couleuvres nues, en mots qui vivront et riront malgré moi.
.....LA NAUSÉE D'ÊTRE
Je ne suis pas venu au monde pour forger des bras aux centaures, pour donner mon sang aux mouchoirs qui sèchent au clair de lune.
Je ne suis pas venu au monde pour combattre mon ombre, ni pour trouver un jour mes poings becqueté par les faisans.
Je ne suis pas venu pour frapper ni pour rire à la mort. Je ne me souviens plus, des civières s’en vont, des galères flambent, des genoux tremblent et des faucons se posent sur des boules fragiles et vivantes.
Si je regarde en arrière, la mort s’en va à reculons, indéfiniment des portes claquent, jusqu’aux placards de l’horizon.
La mort au rire vulgaire derrière ses persiennes vertes suce un bonbon anglais et les tapis sont mouillés de tisanes.
Je ne suis pas venu au monde, au commencement il n’y a qu’un grand rire, au coin d’une rue une poupée de plâtre ouvre, en suant une eau verte de rage, des boîtes qui ne contiennent que des boîtes, et sans fin des boîtes.
Plus loin, comme un cœur suce le sang, un trou dans une chair gigantesque m’aspire, des murs vivants, rouges et chauds, me traînent par la gorge, je ne veux plus me retourner, que tout à l’heure on m’assassine d’un coup de couteau de cuisine entre les deux épaules.
René Daumal, Le Contre-Ciel, suivi de Les dernières paroles du poète, Poésie/Gallimard.