vendredi 6 août 2010

Loïc Herry (7)

pluie d'août sur la Bretagne
silence en mineur

rubescence ?

rêve d'une femme qui s'ouvre
où la terre crie le plus fort




Loïc Herry, Éclats, motus

mercredi 4 août 2010

Loïc Herry (6)

Mémoire
..........heures vierges
Miroir
...........................souffle éteint
Horizon


......lèvres mortes



Loïc Herry, Éclats, motus

mardi 3 août 2010

Kiki Dimoula (3)

Terre des absences

En ce moment, tu dois regarder une mer.

L'envie de te localiser
dans la terre des absences qui tournent en moi
te trouve ainsi :
un flou amer et littoral.

Là-bas la nuit ne vient pas encore
alors qu'elle est tellement présente ici ;
des divers lieux les heures décisives
rarement coïncident.
On dirait de la lumière, même pas,
l'heure de ta personne est tombée.

Des algues dansent
sous la vitre de l'eau.
Les hauts-fonds eux aussi
ont leurs souffrances et réjouissances.

En ce moment,les chastes tranquillités qui t'entourent
ont dû dénouer leurs cheveux ;
ton silence doit faire d'elles
tes épouses accomplies.
Elles s'allongent à ton côté.
Ta pensée fixe des marches dans l'air
et monte. Elle te tient dans son bec.
Comment pourrais-je connaître les points sensibles de la mer
pour te comprendre ?

Tu dois contempler une mer déserte.
Ton regard n'est guère différent
d'un versant qui s'assombrit
avec soulagement et douceur
et dégringole dans l'éloignement.
...

Kiki Dimoula, Le Peu du monde suivi de Je te salue Jamais, nrf, Poésie/Gallimard

Kiki Dimoula (2)

Les lauriers-roses
Colline de Philopàppou

Nous ne sommes jamais venus.
La colline t'ignore.
Ton pas ne se trouve inscrit
dans aucune petite montée
et l'on n'entend même pas dans les douces descentes
le rire de ta marche vive.
Tu n'es pas inscrit non plus
dans le vert des mots d'amour
sur les feuilles charnues des cactus.
Pleines de noms, petits coups de couteau
qui ne vont pas en profondeur
et facilement se referment,
Elsi-Dimitris
et la flèche.
Et d'autres noms passés
avec un chagrin longue durée.
Sur la plupart
le trait d'union
est cicatrisé, effacé.
Autrefois s'est défait.

Des serments soufflent derrière les buissons,
des cailloux roulent.
Amours qui montent,
amours qui glissent.
Le soir éprouve
une passivité embaumée
et ce qui est chagrin ressemble
à une paix de l'âme des feuillages.
Les corps des odeurs lourdement
ouvrent et referment leurs ailes,
ignorent ennuyeusement :
aucun ne sent la disparition.
Où-es tu ?
Quelque chose amène l'amertume
plus que l'odeur des lauriers-roses.
Où-es tu ?

Mais nous ne sommes jamais venus.
La colline t'ignore.
Les rapprochements me sont donc épargnés.
Et je peux ainsi rester
à la hauteur d'une rêveuse neutralité
pour savourer sans que rien me gêne
cette ordure de coucher de soleil.

Kiki Dimoula, Le Peu du monde suivi de Je te salue Jamais, nrf, Poésie/Gallimard

Kiki Dimoula (1)

La pierre périphrase

Parle.
Dis quelque chose, n'importe quoi.
Mais ne reste pas là comme une absence en acier.
Choisis ne serait-ce qu'un mot,
qui te liera plus étroitement
à l'indéfini.
Dis :
"en vain",
"arbre",
"nu".
Dis :
"on verra",
"impondérable",
"poids".
Il y a tant de mots qui rêvent
d'une vie brève, sans liens, avec ta voix.

Parle.
Nous avons tant de mer devant nous.
Là où nous finissons
la mer commence.
Dis quelque chose.
Dis "vague", qui ne tient pas debout.
Dis "barque", qui coule
quand trop chargée d'intentions.
Dis "instant",
qui crie à l'aide car il se noie,
ne le sauve pas,
dis
"rien entendu".

Parle.
Les mots se détestent les uns les autres,
ils se font concurrence :
quand l'un d'entre eux t'enferme,
un autre te libère.
Tire un mot hors de la nuit
au hasard.
Une nuit entière au hasard.
Ne dis pas "entière",
dis "infime",
qui te fait fuir.
Infime
sensation,
tristesse
entière
qui m'appartient.
Nuit entière.

Parle.
Dis "étoile", qui s'éteint.
Un mot ne réduit pas le silence.
Dis "pierre",
mot incassable.
Comme ça, simplement
pour mettre un titre
à cette balade en bord de mer.

Kiki Dimoula, Le Peu du monde suivi de Je te salue Jamais, nrf, Poésie/Gallimard

samedi 15 mai 2010

Philippe Jaccottet (6)

...............PORTOVENERE

la mer est de nouveau obscure. Tu comprends,
c'est la dernière nuit. Mais qui vais-je appelant ?
Hors l'écho, je ne parle à personne, à personne.
Où s'écroulent les rocs, la mer est noire, et tonne
dans sa cloche de pluie. Une chauve-souris
cogne aux barreaux de l'air d'un vol comme surpris,
tous ces jours sont perdus, déchirés pas ses ailes
noires, la majesté de ces eaux trop fidèles
me laisse froid, puisque je ne parle toujours
ni à toi, ni à rien. Qu'ils sombrent, ces "beaux jours" !
Je pars, je continue à vieillir, peu m'importe,
sur qui s'en va la mer saura claquer la porte.

Philippe Jaccottet, L'EFFRAIE et autres poésies, nrf Gallimard

Lorand Gaspar (2)

Rien ne m'est dû
tout est provisoire
j'apprends à m'intéresser
à ce qui reste
si peu que ce soit
ne plus me laisser embarquer
là où le je ne veux pas aller
ni par mer ni par fleuves
barrer les pistes de mes peurs,
les autoroutes de mes amours-propres
un dernier, le plus difficile
apprentissage me reste à parfaire
accepter ce que je ne peux pas changer,
accepter et non pas me résigner
je sais aussi qu'il peut m'arriver de ne pas y arriver,
cela aussi j'apprends à l'accepter

Lorand Gaspar, Derrière le dos de dieu, nrf Gallimard

Lorand Gaspar (1)

Tant de ravissement et d'effroi
que mon cerveau compose et défait
puisant dans un bric-à-brac
et d'émois dont le corps garde trace
si vive parfois sans nom ni figure
une simple résonance suffit
à la douleur ou à la joie.

Résilles lacis rhizomes réseaux
de lignes en torsades en tresses
étendent des nervures dans l'infini
invisibles sinon dans les corps
cailloux quasars et coquelicots

peau contre peau - rameau de nerfs,
d'arbres, d'éclairs, d'eaux et de vents
imbriqués sans bornes dans le pain
des mondes qui augmente et se dissout
dans nos images -

Lorand Gaspar, Derrière le dos de dieu, nrf Gallimard

Andrée Chedid (2)

Impie et sacrilège
L'oiseau s'affranchissait
Des liens de la terre

Libre d'allégeance
Il s'éleva
Au-dessus des créatures
Assujetties aux sols
Et à leurs tyrannies

............***

S'unissant
Aux jeux fondateurs
Des nuages et du vent
L'oiseau s'allia à l'espace
S'accoupla à l'étendue
S'emboîta dans la distance
Se relia à l'immensité
Se noua à l'infini

Andrée Chedid, Rythmes, nrf Gallimard

Andrée Chedid (1)

........A part

A part le temps
Et ses rouages
A part la terre
En éruptions
A part le ciel
Pétrisseur de nuages
A part l'ennemi
Qui génère l'ennemi

A part le désamour
Qui ronge l'illusion
A part la durée
Qui moisit nos visages

A part les fléaux
A part la tyrannie
A part l'ombre et le crime
Nos batailles nos outrages

Je te célèbre ô Vie
Entre cavités et songes
Intervalle convoité
Entre le vide et le rien.

Andrée Chedid, Rythmes, nrf Gallimard