dimanche 20 mai 2012
lundi 16 avril 2012
Antonella Anedda (1)
Pour un nouvel hiver
S'il suffisait de ceci : arriver quelque part
en prononcer parfaitement le nom, être à la maison.
Heureux hiver quand le nouvel hiver est passé
d'un début qui pour nous est encore sans nom
proche du chemin des filets, l'été
peut-être, un faible cercle de lueurs.
Autour des plantes seules
que tu n'aurais pas eu le temps de déplacer
de l'eau sur les pierres soufflées - la grêle
nous ne saurons jamais si elle est arrivée au bruit
qu'elle faisait sur les toits, là à ton époque
dans la propreté blanche et humaine des sanitaires.
Jusque là, juste des pas nets
que tu écoutes peut-être avec un ardent silence
et l'air entre les orangers agités lentement par la main des vivants.
Tu vois, ici pour la première fois, rien ne se perd.
Ce matin, ils ont battu la terre
froide- comblée par la joie des eaux
le vent dans la cour
a oublié pour toi
la barre de la chaise, la nuque renversée.
Bonne nuit maintenant qu'il fait nuit à nouveau
et il est faux que le gel durera
et doucement tu abaisses la pensée
peut-être un déclic déclenche-t-il quelque chose en hauteur
très haut -
une note
au-delà du bec, au-delà des yeux brillants d'un oiseau
un éclair de colline - celle-là en bas
collée au toit vert bronze de l'église.
Bonne nuit à toi
à jamais privée d'abîme une steppe de l'âme étouffée
où l'olivier se plie sans un bruit
Jérusalem de la quiétude
de la quiétude et du tronc qui encercle et inscrit la mort
qui l'aspire dans le vide et dans le vide la jette
et la mâche lentement.
Je n'ai ni voix ni chant
mais une langue tressée de paille
une langue de corde et du sel dans mon poing
plein pour chaque fissure
dans le portail de la maison qui frappe sur le tombeau dur de l'aube
de l'obscurité à l'obscurité,
pour qui reste
pour qui tourne.
Antonella Anedda, in Po&sie N°110, 1975-2004, 30 ans de poésie italienne - 2. Belin.
S'il suffisait de ceci : arriver quelque part
en prononcer parfaitement le nom, être à la maison.
Heureux hiver quand le nouvel hiver est passé
d'un début qui pour nous est encore sans nom
proche du chemin des filets, l'été
peut-être, un faible cercle de lueurs.
Autour des plantes seules
que tu n'aurais pas eu le temps de déplacer
de l'eau sur les pierres soufflées - la grêle
nous ne saurons jamais si elle est arrivée au bruit
qu'elle faisait sur les toits, là à ton époque
dans la propreté blanche et humaine des sanitaires.
Jusque là, juste des pas nets
que tu écoutes peut-être avec un ardent silence
et l'air entre les orangers agités lentement par la main des vivants.
Tu vois, ici pour la première fois, rien ne se perd.
Ce matin, ils ont battu la terre
froide- comblée par la joie des eaux
le vent dans la cour
a oublié pour toi
la barre de la chaise, la nuque renversée.
Bonne nuit maintenant qu'il fait nuit à nouveau
et il est faux que le gel durera
et doucement tu abaisses la pensée
peut-être un déclic déclenche-t-il quelque chose en hauteur
très haut -
une note
au-delà du bec, au-delà des yeux brillants d'un oiseau
un éclair de colline - celle-là en bas
collée au toit vert bronze de l'église.
Bonne nuit à toi
à jamais privée d'abîme une steppe de l'âme étouffée
où l'olivier se plie sans un bruit
Jérusalem de la quiétude
de la quiétude et du tronc qui encercle et inscrit la mort
qui l'aspire dans le vide et dans le vide la jette
et la mâche lentement.
Je n'ai ni voix ni chant
mais une langue tressée de paille
une langue de corde et du sel dans mon poing
plein pour chaque fissure
dans le portail de la maison qui frappe sur le tombeau dur de l'aube
de l'obscurité à l'obscurité,
pour qui reste
pour qui tourne.
Antonella Anedda, in Po&sie N°110, 1975-2004, 30 ans de poésie italienne - 2. Belin.
Mauro Ferrari (1)
Pas, roches
III
Où il n'y avait que la fronce des collines
les lentes poussées millénaires et le balancement
des bois entre les automnes
une main a déposé un sanctuaire -
pendant les siècles des siècles vinrent
en file indienne, hostile patience, les corps.
IV
Ici tout est comme tu le vois, une herbe qui brille
Trois mois par an ; tout
a le goût d'une entaille dans la peau
et rien, non rien vraiment n'est jamais vraiment vivant.
V
Toute une crête au vent pulvérisée
Mais en un temps que tu ne sauras comprendre, et tu ne verras pas
que cette moraine se fasse poussière, que l'horizon s'ouvre.
Tutta una cresta che sfarina al vento
ma in un tempo incomprensibile, e non vedrai
questa morena farsi polvere, apirsi l'orizzonte.
Mauro Ferrari, in Po&sie N°110, 1975-2004, 30 ans de poésie italienne - 2. Belin.
III
Où il n'y avait que la fronce des collines
les lentes poussées millénaires et le balancement
des bois entre les automnes
une main a déposé un sanctuaire -
pendant les siècles des siècles vinrent
en file indienne, hostile patience, les corps.
IV
Ici tout est comme tu le vois, une herbe qui brille
Trois mois par an ; tout
a le goût d'une entaille dans la peau
et rien, non rien vraiment n'est jamais vraiment vivant.
V
Toute une crête au vent pulvérisée
Mais en un temps que tu ne sauras comprendre, et tu ne verras pas
que cette moraine se fasse poussière, que l'horizon s'ouvre.
Tutta una cresta che sfarina al vento
ma in un tempo incomprensibile, e non vedrai
questa morena farsi polvere, apirsi l'orizzonte.
Mauro Ferrari, in Po&sie N°110, 1975-2004, 30 ans de poésie italienne - 2. Belin.
mercredi 21 mars 2012
Nicolas Bouvier (8)
Quetta ; altitude 1800 mètres, 80 000 âmes, 20 000 chameaux.
Huit cents kilomètres à l'ouest, au bout du train, la Perse dort dans un manteau de sable. C'est l'autre versant du monde et rien, sinon la contrebande, ne la rappelle ici.
Au nord de la ville, une petite route militaire traverse la zone des cultures, s'engage dans une plaine aride puis s'élève jusqu'au col de Kodjak et aux massifs de la frontière afghane où les tribus voisines de Quetta ont leurs pâturages d'été. Malgré l'excellente piste qui conduit de la frontière à Kandahar, le trafic est pratiquement inexistant et la petite douane de Chaman est une fournaise où rien ne passe, sauf le temps.Vers le nord-est, un embranchement de la voie ferrée gagne Fort-Sandeman au pied des Monts du Waziristan. Les clans pathans qui les habitent - Massouds et Waziri - sont les plus coriaces de toute la frontière, tellement agressifs, experts en rapines et prompts à rompre leur parole, que les voisins sont unanimes à leur refuser la qualité de Musulmans et qu'il fallut quatorze expéditions punitives pour les convaincre qu'ils ne tenaient plus le bon bout.Enfin, vers le sud, la ligne principale, doublée d'une mauvaise route, descend sur la plaine de l'Indus et Karachi par la Passe de Bolan qui, la transhumance venue, s'engorge d'immenses troupeaux de chameaux transis déferlant vers la tiédeur et l'herbe d'automne.Voilà les points cardinaux. Ils sont lointains. Ils situent, mais ne pèsent pas sur la ville qui vit pour elle entre sa gare pareille à un jouet Second Empire, son canal ensablé et vibrant de moustiques et les cantonnements de la garnison où l'appel des bags-pipes précède le matin.
Nicolas Bouvier, L'usage du monde, Dessins de Thierry Vernet, Droz
mardi 13 mars 2012
Valérie Rouzeau (10)
J'ai chu dans la neige l'autre jour
Après le Café Rouge vins fins
Sic mais pas sick juste étourdie
Sur le cul que j'ai rebondi
Un ange est passé juste après
Ma glissade sous le ciel blanchi
Ensuite un ramier a claqué
Très fort des ailes j'ai sursauté
Comme s'il avait giflé ma joue
Rompu ma minute de silence
Pour me réveiller d'un seul coup
Alors je me suis remise sur pieds
Avec un flocon sur le nez
Le rire de l'ange et du ramier.
°°°
Je me fiche de perdre mémoire artificielle
Méga giga octets disk dur clef usb
Pour l'autre humaine organique fragile
Je porte le chapeau qui me va
Je ne suis pas au monde (étoile)
En vers marche à l'envers
Me désolidarise et me désactualise
Sors de l'écran dans la rue bruyante
Arbres en ligne platanes à suivre
Pensées ruisselantes clignotantes
Mes syllabes me refont les pieds
Et tous mes souvenirs (étoile)
Je les inventerai (étoile)
Je les inventerai (étoile).
samedi 10 mars 2012
Valérie Rouzeau (9)
Bonne qu'à ça ou rien
Je ne sais pas nager pas danser pas conduire
De voiture même petite
Pas coudre pas compter pas me battre pas baiser
Je ne sais pas non plus manger ni cuisiner
(Vais me faire cuire un œuf)
Quant à boire c'est déboires
Mourir impossible présentement
Incapable de jouer ni flûte ni violon dingue
De me coiffer pétard de revendre la mèche
De converser longtemps
De poireauter beaucoup d'attendre un seul enfant
Pas fichue d'interrompre la rumeur qui se prend
Dans mes feuilles de saison.
°°°
Propriétaire de rien
Employée de personne
Ma vie me l'improvise
Au fur et à mesure
Apples et pears
I go upstairs
Argot rimé ficelle
Je grimpe à mon échelle
Quand m'éprouvette grenouille
Devinette météo
Avec vieux scoubidou
M'entête et perds mes vers
C'est pépins pour ma pomme
Je coupe en deux cette poire.Valérie Rouzeau, Vrouz, La Table Ronde
mercredi 7 mars 2012
Jim Harrison (1)
15
Way up a sandy draw in the foothills
of the Whetstone Mountains I found cougar
tracks so fresh damp sand was still
trickling in from the edges. For some reason
I knelt and sniffed them, quite sure
I was being watched by a living rock
in the vast, heat-blured landscape.
Au bout d'une piste de sable sur les collines basses
des Whetstone Mountains j'ai vu des empreintes de puma
si fraîches que le sable mouillé gouttait encore
dedans. Je ne sais pourquoi, à genoux,
je me suis pris à les humer, absolument certain
d'être observé par la roche vivante
du vaste paysage troublé par la chaleur.
20
More lion prints in our creekbed.
Right now in the light, cool rain at midnight,
coyotes. Stunk stink laden in mist.
Hidden moon, I don't want to go home yet.
Older, the flavors of earth are more delicious.
D'autres empreintes de puma dans le ruisseau.
A l'instant en pleine lumière, pluie froide de minuit,
les coyotes. Les putois puent noyés de brume.
Lune cachée, je ne veux pas encore rentrer.
Plus vieilles, plus délicieuses les saveurs de la terre.
Jim Harrison, L'éclipse de lune de Davenport, et autres poèmes, La Table Ronde
Inscription à :
Articles (Atom)









